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Enfants Heureux

Merci à la vie

Quand, au petit matin, encore ensommeillé, je bouche mes oreilles et proteste contre mon réveille- matin qui sonne intempestivement… Je peux dire merci à la vie : je peux entendre. Il y a tant de sourds qui m’entourent.

Lorsque je cligne des yeux, trop sensibles à l’éclat du soleil levant… Je peux dire merci à la vie : je peux voir. Il y a beaucoup d’aveugles de par le monde.

Lorsque je glisse maladroitement sur le sol de ma douche et peste contre ce qui aurait pu m’arriver si… Je peux dire merci à la vie : j’ai la force de me lever, de tenir debout, de terminer ma toilette. Nombreux sont ceux qui n’ont pas d’eau ou sont alités.

Lorsque dans ma cuisine, je découvre qu’il n’y a plus de thé, que la cafetière est en panne, que le lait a tourné et que mes enfants ont dévoré ce qui restait dans le pot de miel… Je peux dire merci à la vie : je ne meurs pas de faim, mes enfants sont en bonne santé, j’ai une journée toute neuve qui s’annonce. Innombrables sont ceux qui ont faim, qui sont séparés de leurs enfants ou qui sont seuls au monde.

Lorsque j’ouvre mon ordinateur et découvre les dizaines de courriels qui attendent une réponse ou que la pile de courrier est si haute qu’elle occulte la lumière de ma fenêtre… Je peux dire merci à la vie : j’ai encore beaucoup à faire devant moi. Quelques humains de par le monde attendent quelque chose de moi. De nombreuses personnes n’ont pas de travail, et d’autres encore peuvent avoir le sentiment quelles n’existent pour personne.

Lorsque je peste contre le bruit des autos, celui des avions, contre les odeurs, contre la laideur des panneaux publicitaires qui envahissent une partie de mon horizon dans les embouteillages qui me conduisent en ville… Je peux dire merci à la vie : il y a encore des oiseaux, je vois des abeilles et des papillons, je peux sentir de ma cuisine le plant de sauge que j’ai planté à l’automne, le bleu du ciel m’émeut toujours et, pas très loin, un enfant rit…

Lorsque je me laisse entraîner par mon sens critique et me plains que le monde devient insupportable et qu’il serait temps d’arrêter toute cette folie et de s’interroger quand même sur un autre sens à donner à la vie… Je peux dire merci à la vie : elle est là, présente, palpitante, généreuse dans son présent, immense dans son devenir.

Lorsque je râle, je ronchonne, je m’emporte contre ce que je crois être la bêtise humaine (celle des autres bien sûr !), je ne peux pas dire merci à mes propres aveuglements, mais… je peux dire merci à la vie de me permettre d’exprimer quand même quelques-uns de mes étonnements !

Lorsque je me couche le soir avec une grande fatigue, liée non à tout ce que j’ai fait mais à tout ce que j’aurais dû faire… Je peux dire merci à ma vie : tu es là, toujours fidèle, tu m’accompagnes sans répit avec une fiabilité extraordinaire. Tu m’habites à chaque instant et je sais que tu vas veiller sur moi jusqu’au petit matin.

 

Extrait de “Manuel de survie dans le monde du travail”, par Jacques Salomé, psychosociologue et écrivain

 

 

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